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Placements : l’épargnant français débutant interroge l’intelligence artificielle

Selon les données françaises d’une enquête mondiale d’Amundi, 58 % des investisseurs ont déjà utilisé une intelligence artificielle (IA) pour orienter un placement et 42 % se considèrent comme débutants. L’Autorité des marchés financiers obtient des chiffres bien plus bas sur l’ensemble de la population. L’écart tient à ceux que l’on interroge.
 

« Que dois-je faire de mon épargne ? » La question ouvre la tribune qu’Alix de Renty adresse ces jours-ci aux rédactions sous le titre « Plus l’IA sera intelligente, plus l’ignorance financière coûtera cher ». Cette ancienne banquière privée, passée par les salles de marché, a publié le 16 septembre Votre argent, vos choix ! chez Albin Michel. « Les bons réflexes, ça s’acquiert. Ce n’est pas réservé aux experts », expliquait-elle le 22 septembre au magazine Entrevue. Elle ne croit pas pour autant que la machine remplacera le conseiller. « Je ne crois pas du tout à “la fin du conseil humain” avec les nouveaux acteurs numériques de la finance », disait-elle dans le même entretien.
 

Les chiffres lui donnent matière. Amundi a publié le 22 septembre la troisième édition de son étude Decoding Investors, menée dans 26 pays auprès de quelque 18 000 personnes, en majorité des investisseurs. Dans les données françaises que le gestionnaire d’actifs a transmises à la presse, 58 % des investisseurs disent avoir déjà utilisé l’IA pour orienter une décision de placement. La moyenne mondiale atteint 70 % et, parmi ces utilisateurs, 59 % ont suivi la recommandation obtenue.
 

L’Autorité des marchés financiers (AMF) dessine une France plus réservée. Dans son baromètre de l’épargne et de l’investissement, réalisé par l’institut Audirep auprès de 2 120 personnes à l’automne 2025, 11 % des Français citent l’IA parmi leurs sources d’information avant d’investir, et 19 % des moins de 35 ans. Dans 95 % des cas, elle complète une autre source. Le conseiller bancaire ou financier reste la première, citée par 42 % des personnes interrogées, contre 48 % un an plus tôt. Parmi les détenteurs de produits financiers, 59 % n’utilisent jamais l’IA et 8 % le font fréquemment. Les deux enquêtes ne posent pas la même question aux mêmes personnes. Amundi interroge des gens qui placent déjà leur argent et leur demande s’ils ont essayé. L’AMF sonde l’ensemble des adultes sur leurs habitudes. Un sondage OpinionWay pour Atland Voisin, mené en septembre 2025 auprès de 1 018 personnes, se situe entre les deux : 20 % interrogent l’IA sur leurs finances ou leur patrimoine, 7 % décident déjà sur cette base et 60 % ne lui font pas confiance.
 

Débutants déclarés, experts fragiles
 

L’enquête d’Amundi décrit aussi un épargnant français peu sûr de lui. Parmi les investisseurs, 42 % se rangent parmi les débutants, contre 25 % en moyenne dans le monde, et 15 % se disent très confiants quant à leur sécurité financière à long terme. Chez les épargnants qui n’investissent pas encore, 27 % envisagent de s’y mettre dans les douze mois, quand la proportion atteint 79 % au Danemark, et 37 % sont freinés par la peur de perdre, au point de privilégier les liquidités. Les influenceurs pèsent moins qu’ailleurs, puisque 28 % des investisseurs français s’informent auprès d’eux, contre 46 % dans le monde.
 

Un tiers des épargnants jugent qu’une réserve inférieure à six mois de revenus suffit, mais la plupart conservent bien davantage, note le gestionnaire. La Banque de France recensait 769,9 milliards d’euros en billets et sur les comptes courants des ménages au premier trimestre 2026, et 938,8 milliards en épargne réglementée.
 

Le conseiller rassure, la culture financière progresse peu
 

La confiance dépend de l’accompagnement. Toujours selon les données françaises d’Amundi, 74 % des personnes qui ont recours à un conseil professionnel s’estiment capables de financer leur retraite, contre 55 % de celles qui n’en ont jamais bénéficié. Le régulateur ne dit pas autre chose de l’IA. Il y voit « un outil d’accompagnement plutôt que de prise de décision », et 67 % des Français qu’il a sondés craignent des erreurs si les professionnels s’en servent.
 

Côté connaissances, la Banque de France attribue aux Français la note de 12,82 sur 20 dans sa dernière enquête, publiée en mai et conduite avec l’institut CSA à partir du questionnaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle était de 12,45 en 2023. Dans l’intervalle, la part des personnes qui évaluent correctement l’effet de l’inflation a reculé de 65 % à 61 %. Amundi a soumis trois questions de culture financière à ceux qui se déclarent experts. En France, 22 % ont donné les trois bonnes réponses, contre 30 % dans le monde, ce qui place le pays à l’avant-dernier rang du classement.
 

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