Bourse/Finance
Rentrée : les jeunes veulent épargner, un sur deux a déjà rogné sur l’essentiel
Mettre de l’argent de côté chaque mois arrive en tête des résolutions de rentrée des 18-34 ans, devant le sport. Trois enquêtes publiées ces derniers jours, pour Plum, la Caisse d’Épargne et le Crédit Agricole d’Île-de-France, décrivent une génération qui compare, revend et partage les frais, mais dont près d’un membre sur deux a déjà renoncé à se nourrir ou à se soigner faute de moyens.
Cuisiner davantage, trier les abonnements, marcher plutôt que prendre le métro, tenter un mois sans dépenses. Les bonnes résolutions de septembre ont changé de nature. Chez les 18-34 ans, mettre de l’argent de côté chaque mois est citée par 50 % des répondants comme résolution numéro un de la rentrée, devant le sport et le bien-être (31 %) et les projets personnels (24 %), selon une enquête Selvitys pour l’application d’épargne Plum, menée en août auprès de 1 000 jeunes adultes. 90 % envisagent d’épargner chaque mois et la moitié se fixent un objectif supérieur à 100 euros. Un jeune sur deux (51 %) se dit prêt à relever un « No Spend Challenge », un mois sans dépense superflue, avec un gain espéré de 293 euros en moyenne, 362 euros pour les hommes et 234 euros pour les femmes.
Derrière l’intention, des gestes très concrets : 23 % veulent cuisiner davantage pour dépenser moins, 21 % marcher ou pédaler plutôt que payer un transport, 19 % tenter un mois de consommation réduite, 17 % faire le tri dans leurs abonnements, 16 % baisser leur consommation d’énergie. L’été a laissé des traces. 61 % des 18-34 ans ont dépensé plus de 500 euros pendant leurs vacances et 33 % plus de 1 000 euros. « La rentrée est traditionnellement synonyme de nouveau départ, et nos résultats montrent que les jeunes Français souhaitent aussi en profiter pour reprendre le contrôle de leurs finances », commente Victor Trokoudes, directeur général de Plum.
Trois réflexes minimum pour tenir le budget
L’intention d’épargner repose sur une gymnastique quotidienne. Une étude OpinionWay pour la Caisse d’Épargne, publiée le 1er septembre, montre que 69 % des 18-24 ans comparent systématiquement les prix avant d’acheter et que 75 % cumulent au moins trois réflexes pour préserver leur pouvoir d’achat, contre 51 % de l’ensemble des Français. Seconde main, revente, chasse aux réductions et au cashback, transports en commun ou vélo, partage de frais : les moins de 25 ans activent bien plus de leviers que leurs aînés. Le revers est là aussi : 94 % d’entre eux ont réduit au moins une dépense au cours des douze derniers mois, d’abord sur les loisirs (60 %), l’habillement (57 %) et les vacances (45 %).
La débrouille a ses limites, et l’enquête Viavoice réalisée pour le Crédit Agricole d’Île-de-France auprès de 800 Franciliens de 16 à 30 ans, du 13 au 22 avril, les situe précisément. 56 % se disent à l’aise financièrement et les trois quarts affirment maîtriser leur budget. Pourtant, 47 % ont déjà renoncé à des dépenses essentielles, se nourrir ou se soigner, faute de moyens, et 41 % ont connu au moins un mois à découvert au cours des douze derniers mois. L’autonomie financière reste minoritaire : 33 % seulement se déclarent indépendants, 51 % chez les 25-30 ans mais 23 % chez les 18-24 ans. Pour la majorité, l’équilibre tient à un assemblage d’aides familiales, de bourses, de jobs étudiants ou d’alternance, et 47 % ont déjà dû solliciter l’aide financière d’un proche.
L’argent qui choisit les études
Le budget pèse sur les fins de mois et, plus discrètement, sur les trajectoires. Pour 52 % des jeunes Franciliens, la situation financière a influencé le choix des études : 23 % ont écarté certaines écoles ou formations, 28 % ont opté pour une filière moins coûteuse que celle qu’ils visaient. Ils estiment qu’il faudrait gagner 2 690 euros nets par mois pour vivre correctement. Quand on leur demande ce qui les freine dans la gestion de leur argent, 76 % répondent la difficulté à anticiper et à se projeter, moins un manque de volonté qu’un manque de visibilité.
La culture financière reste lacunaire sur des points qui engagent. 22 % seulement savent qu’un garant n’est pas obligatoire pour obtenir un prêt étudiant, et 43 % ignorent que l’assurance vie peut comporter des risques. Pour un conseil, 72 % se tournent vers l’entourage et 31 % vers une intelligence artificielle ; la banque n’est sollicitée que par 36 % d’entre eux en cas de difficulté, alors que 58 % lui font confiance. « Ce qui nous frappe, c’est moins l’insouciance qu’on leur prête que l’ingéniosité dont ils font preuve au quotidien », relève Guy Poyen, directeur marketing et marchés du Crédit Agricole d’Île-de-France.
Une génération partagée, au sens propre : 52 % des jeunes Franciliens préfèrent profiter maintenant plutôt qu’épargner, 48 % font le choix inverse. Et 43 % pensent qu’ils vivront mieux que leurs parents à 40 ans. Entre la résolution de septembre et le découvert de novembre, la marge est mince ; elle se joue, disent-ils eux-mêmes, sur la capacité à voir plus loin que le mois prochain.
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