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Fonds en euros : le rendement de 2028 se décide cette année

L'assurance vie vient de signer son meilleur premier semestre, avec 108,8 milliards d'euros de cotisations et une collecte nette de 36,5 milliards. Ces flux ne diront rien du taux servi cette année. Ils pèseront en revanche sur celui de 2028. Petite mécanique d'un produit que des millions de Français détiennent sans toujours savoir comment il fonctionne.
 

Un taux qui parle du passé
Un fonds en euros est un portefeuille obligataire mutualisé, empilé par couches successives sur quinze ou vingt ans. Le taux servi chaque année n'est pas le taux du marché : c'est le rendement moyen de ce stock d'obligations.
 

Les 2,63 % servis au titre de 2025, nets de frais de gestion selon l'ACPR, ne décrivent donc pas les conditions financières de 2025. Ils décrivent le rendement combiné d'obligations achetées depuis le milieu des années 2000, dont une part importante pendant la décennie de taux nuls, entre 2012 et 2021.
 

Ce décalage a longtemps joué en faveur de l'épargnant. Quand le marché ne rémunérait plus rien, le fonds en euros continuait de servir des taux hérités d'obligations plus anciennes et mieux payées. Depuis 2022, la mécanique tourne dans l'autre sens : les taux de marché sont remontés vite, le taux servi est resté à peu près stable trois années de suite. Même inertie, effet inversé.
 

Deux robinets qui remplissent la même cuve
Le stock se renouvelle par deux canaux. Les obligations arrivées à échéance sont réinvesties aux conditions du jour, et l'OAT à dix ans est repassée au-dessus de 4 %, un niveau qu'on n'avait plus vu depuis 2009. La collecte nouvelle, elle, est investie intégralement aux taux du moment et dilue mécaniquement la part ancienne du portefeuille.
 

C'est ici que les chiffres du semestre prennent un sens patrimonial. Les 36,5 milliards de collecte nette, et le retour des supports en euros en collecte positive après plusieurs années de décollecte, accélèrent ce renouvellement. Les versements de 2026 alimentent le rendement de 2028.
 

La réserve qui masque le mouvement
Une nuance, et elle est de taille. Les assureurs disposent d'une réserve, la provision pour participation aux bénéfices, dans laquelle ils puisent pour lisser les taux d'un exercice à l'autre. Elle est passée de 4,3 % à 4 % des encours en un an, selon l'ACPR. Le mouvement n'a rien d'uniforme : les bancassureurs ont prélevé, les assureurs traditionnels ont continué d'alimenter.
 

L'ACPR attribue la stabilité du taux 2025 à deux causes conjointes : ce recours aux réserves, et la progression du rendement des actifs des assureurs, passé de 2,5 % en 2024 à 2,8 % en 2025. Une partie de ce qui a été servi a donc été puisée plutôt que produite. On peut le lire de deux façons, également vraies. La performance réelle du portefeuille était inférieure au taux affiché. Et l'assureur a tenu un taux qu'il ne finançait pas encore, le temps que le renouvellement fasse effet.
 

Les bonus et leur prix
La même mécanique éclaire les taux bonifiés que les réseaux proposent en ce moment sur les versements nouveaux. L'argent frais est ce qui accélère le renouvellement d'un portefeuille, et l'assureur accepte d'en payer le coût. Ces bonus s'accompagnent toujours d'une contrepartie : part minimale d'unités de compte, durée d'engagement, plafond de versement. C'est là qu'il faut regarder, pas sur le taux d'appel.
 

Tous les fonds en euros ne se renouvellent pas au même rythme
Encore faut-il préciser de quel fonds on parle. Un fonds en euros classique d'un grand réseau bancaire, avec plusieurs dizaines de milliards d'encours accumulés depuis vingt ans, se renouvelle lentement : la collecte nouvelle y pèse peu face au stock. Un fonds jeune, lancé après 2022 par un assureur en ligne ou un contrat de nouvelle génération, est constitué presque intégralement d'obligations achetées aux conditions actuelles. D'où des écarts de taux servis qui vont du simple au double d'un contrat à l'autre.
 

Les fonds dits dynamiques ou à dominante immobilière obéissent à une autre logique encore, puisqu'ils intègrent des actifs non obligataires. Leur garantie en capital est parfois partielle, ou soumise à des conditions de durée. La confusion est fréquente au moment de la souscription, et elle ne se découvre qu'au rachat.
Un dernier paramètre pèse davantage que tous les autres sur la durée : les frais de gestion sur encours. Entre un contrat à 0,50 % et un contrat à 1 %, l'écart annuel semble anodin. Rapporté à un taux servi brut de 3 %, il représente un sixième de la performance, tous les ans, sans exception.
 

Ce qu'il faut en retenir
Tant que les taux de marché restent supérieurs au rendement moyen du stock, cette moyenne progresse d'elle-même, sans qu'aucune décision de gestion ait à intervenir. Peu d'actifs détenus par les particuliers offrent cette lisibilité sur le sens de leur évolution.
 

Cela change la lecture d'un taux de 2,63 %. Ce niveau ne décrit pas un produit à bout de souffle, il décrit un portefeuille en cours de reconstitution. Arbitrer sur ce seul chiffre revient à sortir au début du cycle plutôt qu'à sa fin. Ce qui ne dispense évidemment pas de comparer les frais de gestion : eux se prélèvent tous les ans, quel que soit l'état du portefeuille.
 

Julien Nebenzahl, président d'eToro Patrimoine, formule la chose autrement : le mouvement est déjà engagé et « il ne demande ni analyse, ni anticipation, ni choix du bon moment, seulement d'y être pendant qu'il se produit ». Le raisonnement vient d'un acteur qui distribue de l'assurance vie. Il n'en est pas moins juste.
 

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