Bourse/Finance

La bourse de Shanghai termine l'année du Serpent à son plus haut depuis dix ans

Le Shanghai Composite atteint un sommet inédit depuis 2016. Les volumes de transactions explosent, portés par le basculement de l'épargne des ménages chinois vers les actions. Les géants de la tech chinoise redressent leurs marges malgré la déflation persistante.


Le 12 janvier, les volumes de transactions sur la bourse de Shanghai ont atteint 3 600 milliards de yuans, soit 440 milliards d'euros au taux de change actuel. Un niveau record qui traduit un mouvement de fond dans l'allocation d'actifs des ménages chinois. L'épargne qui était investie dans des produits structurés lorsque les taux d'intérêt étaient plus hauts bascule désormais vers les actions, dont les valorisations sont devenues attractives. La corrélation n'est pas absolue, mais les volumes élevés s'accompagnent généralement de hausses des indices boursiers. Le cas présent le confirme.


Les grandes entreprises chinoises de la tech se portent bien. Malgré la déflation qui persiste au niveau des prix à la production, en baisse de 1,9 % sur un an en décembre, elles ont réussi à redresser leurs marges tout en opérant des rachats d'actions conséquents.


Alibaba illustre cette dynamique. Son activité en e-commerce a explosé en 2025 grâce à l'augmentation des commissions sur les plateformes effective depuis 2024, à l'adoption de ses outils publicitaires par la majorité des vendeurs, et à l'effet positif des subventions octroyées par le gouvernement. L'entreprise devrait trouver un relais de croissance cette année sur le segment des services à la demande pour les acheteurs : demande de devis, trade assurance, services après-vente, arbitrage en ligne. Son action progresse de 54 % sur les six derniers mois selon Boursorama au 15 janvier.


Les investisseurs étrangers restent à l'écart
Les flux acheteurs sur les actions chinoises proviennent essentiellement d'investisseurs locaux. Les étrangers restent à l'écart du marché, souvent pour des considérations géopolitiques. Cette prudence pourrait s'avérer coûteuse face à la vigueur actuelle du marché.


La géopolitique peut à tout moment revenir sur le devant de la scène, mais elle devrait entraîner des perturbations limitées. Du côté des banques centrales, la Banque du Canada ouvre le bal cette semaine. Sauf surprise, elle devrait maintenir ses taux inchangés à 2,25 %. Le cycle d'assouplissement n'est pas terminé pour autant. Les banques centrales bougent rarement leurs taux en début d'année. Elles attendent d'avoir plus de statistiques sur l'orientation de l'économie avant de trancher. Une baisse des taux de 25 points de base par la Banque du Canada est crédible en mars. La Réserve Fédérale américaine, qui se réunit plus tard ce mois-ci, devrait aussi opter pour une pause, malgré la pression de la Maison Blanche.


L'application chinoise Are You Dead connaît un succès fulgurant depuis son lancement la semaine dernière sur l'Apple Store. Conçue pour les personnes vivant seules, elle envoie automatiquement un courriel aux contacts d'urgence si l'utilisateur ne donne pas de nouvelles pendant deux jours consécutifs. Son succès s'explique par la peur du kodokushi, la mort solitaire. Près de 125 millions de Chinois vivent seuls, en particulier des jeunes et des personnes âgées. Cette application payante figure désormais parmi les plus téléchargées, révélant une angoisse sociale profonde dans une société où l'isolement gagne du terrain.

 

(source Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet AM)

Articles associés